Un artisan facture 40 EUR de l'heure : que lui reste-t-il ?
Le tarif d'un artisan surprend souvent le client, qui le compare spontanément à un salaire horaire. Ce sont pourtant deux choses très différentes : entre le devis et le revenu, il y a la TVA, les charges du métier, les cotisations sociales et l'impôt. Ce simulateur reconstitue la cascade complète, comme nous l'avons fait pour le salariat.
Cas type : 40 EUR de l'heure en micro-entreprise
| Payé par le client | 40,00 EUR |
| Charges d'exploitation | -10,00 EUR |
| Cotisations sociales (21,2 % du CA) | -8,48 EUR |
| Impôt sur le revenu | -1,07 EUR |
| Net pour l'artisan | 20,45 EUR |
Prenons un exemple : 40 EUR de l'heure
Un artisan à domicile — jardinier, dépanneur, homme de métier — annonce 40 EUR de l'heure. Le client compare spontanément ce chiffre à un salaire horaire, et le trouve élevé. Voici ce que devient réellement cette somme, étape par étape.
Étape 1
40 EUR
Payé par le client
Le montant du devis, TVA comprise lorsque l'artisan la facture. Cette part ne lui appartient déjà plus : elle transite par son compte avant d'être reversée.
Étape 2
− 10,00 EUR
Charges du métier
Carburant, matériel, entretien, assurance professionnelle, véhicule. Ici 25 % du chiffre d'affaires, un ordre de grandeur courant pour un métier avec déplacements et outillage.
Étape 3
− 8,48 EUR
Cotisations sociales
En micro-entreprise, 21,2 % du chiffre d'affaires. Elles financent maladie, retraite et allocations familiales.
Étape 4
20,45 EUR
Net pour l'artisan
Une fois l'impôt sur le revenu prélevé. Soit 51 % de ce qu'a payé le client.
Le même tarif selon le statut
40 EUR de l'heure, avec 25 % de charges d'exploitation et 1 125 heures facturées dans l'année.
| Configuration | Charges | Cotisations | Impôt | Net horaire | Vs SMIC net |
|---|---|---|---|---|---|
| Micro-entreprise, franchise de TVA | 10,00 EUR | 8,48 EUR | 1,07 EUR | 20,45 EUR | × 2,08 |
| Micro-entreprise, assujettie à la TVA | 8,33 EUR | 7,07 EUR | 0,70 EUR | 17,23 EUR | × 1,75 |
| Entreprise individuelle au réel, avec TVA | 8,33 EUR | 8,33 EUR | 0,70 EUR | 15,97 EUR | × 1,63 |
Le SMIC net horaire s'établit à 9,83 EUR en 2026. Les charges d'exploitation sont une hypothèse modifiable dans le simulateur : aucun barème officiel n'existe, elles dépendent du métier.
Il reste donc entre 15,97 et 20,45 EUR net de l'heure selon le statut, soit 1,63 à 2,08 fois le SMIC net horaire. Le tarif affiché est élevé, le revenu qui en découle beaucoup moins — sans tomber pour autant aux niveaux parfois avancés.
Et surtout, ces 40 EUR achètent une heure facturée. L'artisan en travaille davantage pour chacune d'elles : devis, trajets, entretien du matériel, comptabilité, prospection, sans compter les intempéries pour les métiers d'extérieur. C'est souvent là que se joue l'essentiel de l'écart avec un salaire, et c'est ce que mesure le curseur « heures facturées par an ».
Deux erreurs fréquentes dans ce type de calcul
Additionner les cotisations sociales et l'impôt sur les sociétés. Les deux ne se cumulent jamais sur la même somme. En micro-entreprise ou en entreprise individuelle, l'artisan paie des cotisations puis l'impôt sur le revenu : l'impôt sur les sociétés ne le concerne pas. Dans une société, celui-ci ne porte que sur le bénéfice restant après la rémunération du dirigeant, laquelle a déjà supporté des cotisations.
Surestimer le taux de cotisations. On lit parfois que l'URSSAF prélève 60 % de la marge. Aucun régime n'atteint ce niveau : le taux est de 21,2 % du chiffre d'affaires en micro-entreprise, et d'environ 45 % du revenu net au régime réel, soit à peu près un tiers du bénéfice une fois l'abattement appliqué.
Micro-entreprise ou régime réel : ce qui change vraiment
Pour un métier à frais élevés, le choix du régime pèse souvent plus lourd que le tarif lui-même.
La micro-entreprise
Les cotisations sont un pourcentage fixe du chiffre d'affaires encaissé : 21,2 % pour une prestation artisanale. Simple, prévisible, sans comptabilité lourde.
Mais aucune charge n'est déductible. Le carburant, la tondeuse, l'assurance et le véhicule sortent de la poche de l'artisan sans réduire d'un centime ses cotisations. L'abattement forfaitaire de 50 % ne joue que pour l'impôt sur le revenu, jamais pour les cotisations.
Le régime réel
Toutes les dépenses professionnelles se déduisent avant calcul : les cotisations ne portent que sur le bénéfice réellement dégagé. Depuis 2026, celui-ci bénéficie en outre d'un abattement de 26 % avant application des cotisations.
En contrepartie, la comptabilité est réelle, avec bilan et souvent un expert-comptable. Le calcul devient gagnant dès que les charges dépassent une part significative du chiffre d'affaires — ce qui est fréquent dès qu'il y a du matériel et un véhicule.
Le piège des seuils. À 40 EUR de l'heure et 1 125 heures facturées, le chiffre d'affaires annuel atteint 45 000 EUR : au-delà de 37 500 EUR, la franchise de TVA tombe. L'artisan doit alors soit augmenter son prix de 20 %, soit absorber la TVA sur sa marge. C'est un effet de seuil brutal, que le simulateur signale automatiquement.
Pourquoi la comparaison avec un salaire est trompeuse
Ramener un tarif horaire à un salaire horaire revient à comparer deux choses qui ne recouvrent pas le même périmètre. Le tarif de l'artisan doit financer ce que l'employeur prend en charge pour un salarié : les congés payés, les arrêts maladie, les périodes creuses, le matériel, le véhicule, l'assurance professionnelle et la retraite.
Il faut y ajouter ce qu'un indépendant ne perçoit pas : pas d'assurance chômage en cas d'arrêt d'activité, une protection maladie moins favorable, et une retraite généralement plus faible à revenu équivalent.
Le pendant salarié de ce calcul existe sur ce site : pour un salarié, la part du coût du travail qui n'arrive pas dans sa poche atteint près de la moitié. Les deux situations sont différentes, mais l'ordre de grandeur du prélèvement, lui, se ressemble davantage qu'on ne l'imagine. Lire l'enquête sur le coût du travail.
Méthodologie et limites
- Taux et seuils
- Taux de cotisations, abattements, plafonds de la micro-entreprise et seuils de franchise de TVA en vigueur en 2026. Barème de l'impôt sur le revenu appliqué à une part fiscale, sans décote ni réduction.
- Charges d'exploitation
- Aucun barème officiel n'existe : ces valeurs sont des ordres de grandeur destinés à être modifiés par l'utilisateur. Elles représentent la part du chiffre d'affaires hors taxes absorbée par les frais professionnels.
- Cotisations au régime réel
- Le taux de 45 % est un ordre de grandeur : les cotisations réelles additionnent maladie-maternité, retraite de base et complémentaire, invalidité-décès, allocations familiales, CSG-CRDS et formation professionnelle, chacune avec ses propres seuils. Le taux effectif varie sensiblement selon le niveau de revenu. Depuis le 1er janvier 2026, les cotisations et la CSG-CRDS des indépendants au réel se calculent sur le bénéfice diminué d'un abattement forfaitaire de 26 %.
- Ce qui n'est pas pris en compte
- La cotisation foncière des entreprises, due dès la deuxième année et variable selon la commune, n'est pas intégrée : elle représenterait quelques dizaines de centimes par heure facturée. Ne sont pas non plus modélisés les situations familiales, les autres revenus du foyer, les exonérations de début d'activité ni les aides sectorielles.